Review | Gagner la guerre, J.-P. Jaworski

Gagner la guerre est au croisement de pas mal de genre de fantasy, et ça tombe bien il s’agit de mes préférés : fantasy historique, fantasy politique, dark fantasy, low fantasy (de la fantasy plutôt réaliste) et ce que j’appelais fantasy de cape et d’épées sans oser dire qu’il s’agissait d’un vrai genre. C’en est un, la swashbuckling fantasy, que j’ai découvert au hasard d’une chronique quand arrivée à la fin j’ai eu besoin de savoir s’il y aurait une suite. (SPOILER : IL N’Y EN A PAS, DAMMIT)

L’histoire est racontée par Benvenuto Gesufal, assassin à la solde de Leonide Ducatore, podestat de Ciudalia qui a bien l’intention de garder sa place de choix à la tête de sa cité, quitte à se tailler la part du lion dans la chair des familles ennemies. Gagner la guerre, c’est bien, s’assurer de garder le pouvoir après coup c’est mieux.

Oubliez le rôle de l’assassin avec une moralité borderline mais un bon fond. Benvenuto est un enfoiré de première, un soudard menteur, voleur, violeur, une belle crapule avec un goût prononcé pour la rapière et le surin et un amour de l’assassinat bien fait. Ou fait tout court, en fait.

Le monde dans lequel il évolue évoque indéniablement Venise, sa thalassocratie, ses luttes avec l’empire byzantin/ottoman et manquant un peu de références historiques vénitiennes à proprement parler, j’y ai vu l’influence de la Rome antique dans le système de pouvoir à double tête, les régiments militaires très marqués au niveau identitaire, etc. Le style sert parfaitement le décor, les descriptions sont soignées et fouillées et on se balade véritablement dans Ciudalia. La narration première personne et le fait que Benvenuto brise régulièrement le quatrième mur et s’adresse au lecteur permet de s’imprégner de l’ambiance, d’expliciter certaines scènes ou contextes politiques sans que cela ne fasse forcé. Le procédé est audacieux et sans être complètement original n’est pas courant. Le plus original et ce qui démarque foncièrement le récit c’est la langue à proprement parler. Jaworski manie une langue désuète et archaïque et il faudra bien vite se résoudre à ne pas connaître un sacré paquet de termes. L’avantage de l’avoir lu en numérique, j’ai pu enrichir mon vocabulaire et surtout pallier à des manques qui m’ont parfois gênée. Mais dans l’ensemble, avec le contexte, on remet assez facilement le sens des mots qui nous échappent.

Toutefois le livre n’est pas parfait à mes yeux, et certains points positifs en deviennent négatifs, parce qu’on en devient perfectionniste. La maîtrise de la langue le rend malgré tout difficile d’accès, et même s’il s’agit d’un des points que je salue largement, cela m’a parfois agacé de devoir buter régulièrement. J’imagine bien que d’autres lecteurs trouveront ça insupportable.

Ce que je regrette le plus aussi c’est le traitement des personnages féminins dans l’ensemble de l’œuvre. Cela m’avait quand même un peu marqué dans Même pas mort où je le déplorais déjà, mais avec Gagner la guerre je me trouve vraiment face à un problème. Sans spoiler, le traitement subit par Clarissima aurait mérité d’être écourté, j’avoue que la violence sexuelle gratuite sur l’un des seuls personnages féminins potentiellement intéressant m’a grandement refroidi. C’était sale, cru, facile et inutile. Clôturé par un excellent trait d’esprit il aurait suffit à quasiment toute la scène. On aurait compris et on se serait passé du voyeurisme.

Il faut dire que des personnages féminins y en a pas pléthore et du coup je trouve ça dommage. Sans accuser l’auteur de misogynie, certains auteurs ne réussissent pas à écrire de personnage féminin convaincant et personnellement je préférerai que certains s’abstiennent (wink wink Terry Goodkind), je trouve que c’est une occasion manquée. On a en tout et pour tout une jeune première qui se veut intrigante et échoue relativement ou du moins ne sera jamais crédible aux yeux du lecteur ni du narrateur, et une sorcière pas tout à fait méchante puisqu’elle est avant tout une mère qui tente par sa progéniture même pas de prendre le pouvoir mais d’arranger les choses pour Ciudalia. Les femmes manquent d’ambitions et d’épaisseur même si elles sont généralement de bonnes mères. Je m’abaisserai pas à psychanalyser tout ça mais j’attends vraiment qu’on me secoue sous le nez un bon personnage féminin maintenant. JP c’est donc quand tu veux.

Gagner la guerre est un récit complet même si l’on soupçonne un monde très réfléchi dont on ne gratte que la surface ici. Il marche en tandem avec Janua Vera que je suis en train de parcourir, qui est un recueil de nouvelles de plaçant dans le monde du Vieux Royaume. J’avoue volontiers attendre une suite de Gagner la guerre pour retrouver ce monde, avoir des éclaircissements sur la fin du roman, ou d’autres récits sous forme de romans et non de nouvelles dans le monde de Jaworski. Et je sais pas vous mais moi ça m’a sacrément donné des envies de jeu de rôle…

Entre temps la BD Gagner la guerre de Genêt chez Le Lombard est sortie et forcément je n’allais pas faire l’impasse sur une aussi belle opportunité de prolonger le plaisir de ma lecture. Alors, il ne s’agit pas du début de Gagner la Guerre mais de l’adaptation de Mauvaise Donne, la nouvelle comprise dans Janua Vera où apparaît pour la première fois Benvenuto.
Je dois avouer que je suis vraiment chiante au niveau des dessins, et je n’ai pas accroché au style du dessinateur notamment dans le design des personnages. Toutefois je dois avouer que les décors étaient très bien réalisés, et que j’ai immédiatement adhéré à sa Ciudalia. Les choix en matière de point de vue sont particulièrement intéressant et on retrouve bien l’ambiance. J’ai hâte du coup de lire la suite et d’attaquer réellement l’adaptation de Gagner la Guerre puisqu’il ne s’agit au final que de l’introduction à l’histoire. C’est un bon moyen de rentrer dans le récit, d’ailleurs je conseillerai de commencer par Mauvaise Donne ou par la BD, histoire de lire tout ça dans l’ordre.

 


 

Gagner-la-guerre
Gagner la Guerre, Jean-Philippe Jaworski
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Gagner la Guerre, t.1 Ciudalia, Frédéric Genêt
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2 commentaires sur “Review | Gagner la guerre, J.-P. Jaworski

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