Review | Journal d’un AssaSynth, t1, M. Wells

Cela fait un petit moment déjà que je réalise que je me fais vieille. Le signe le plus évident ? Je commence à apprécier les nouvelles, novellas et autres formats courts. Est-ce parce que je croule sous le travail et les livres à lire, et qu’ils m’apportent l’immense satisfaction de finir un livre ou de clore une histoire ? Possible. Est-ce que cela tient surtout à l’admiration que je bâtis de voir quelqu’un réussir à raconter une histoire qui se tienne en si peu de pages ? Probable.

Si en fantasy j’ai du mal à trouver des récits courts qui me tiennent et me marquent autant que des séries (et je ne parlerai même pas des romans de YA) si ce n’est l’excellent Royaume de Vent et de Colère de J.-L. del Socorro, les nouvelles et novellas sont bien plus répandus lorsqu’il s’agit de science-fiction. Et ça tombe bien, j’en ai fait la thématique de mon mois de mai.

Journal d’un Assasynth de Martha Wells est donc une novella, pour ceux dans le fond qui n’ont pas bien entendu, un récit court, entre la nouvelle et le roman, de 130 et quelques pages. On débarque sur une planète vierge, étudiée par une équipe de scientifiques protégés par une SecUnit, comprenez un androïde en partie biologique dédié à la protection des civils. Cette SecUnit, on le réalise dès les premières lignes a une sacré particularité, hormis sa relative inefficacité qui l’on poussé à se renommer Assasynth, d’avoir réussi à désactiver son module superviseur. Sa première action suite à cela ? Télécharger des milliers d’heures de contenu multimédia. Et puisqu’il est collé sur cette mission de protection de scientifiques qui a l’air de rouler toute seule sans lui, il semble décider à binge-watcher ses soap… Jusqu’à ce que la mission tourne mal.

Le background est très classique, brossé assez simplement. Après tout, dans une novella, on ne va pas passer 50 pages sur le world building. On se retrouve donc dans un topos classique de la SF : des corporations ultra puissante, du voyage spatial, et côté androïdes, une exploitation classique des « robots » pour les tâches subalternes de sécurité ou de divertissement et aucun droits. L’intérêt n’est pas non plus dans l’intrigue et l’action : une équipe de scientifiques dont la mission déraille et des enjeux plus importants qui se jouent en coulisse c’est là aussi très attendu, avec un dénouement prévisible. Néanmoins, l’action est bien gérée sans temps morts, et fait le job : elle ne parasite pas le message. Parce que le véritable interêt de cette novella, c’est la construction du personnage principal et narrateur. Assasynth est un androïde désabusé, désintéressé de sa mission, blasé et sarcastique, qui observe les humains qu’il est censé protéger avec malaise, incompréhension et cynisme. Un robot qui s’affranchit des règles ou des processus de contrôle, pense par lui même et peut-être ressent de manière autonome, c’est pourtant un topos des romans de SF. Mais avec moi, il marche encore très bien.

Les autres personnages du récit sont là pour illustrer la variété de comportements humains, notamment face à la difficulté de concilier ce qui fait l’humain et le différencie du robot. Leurs réactions face à Assasynth, et ses propres réactions face à elles, font en grande partie l’intérêt de cette novella. Au fond, on questionne la mince ligne entre robot et humain, est-ce qu’un humain amélioré et bourré de technologie est vraiment différent d’un robot qui est libre de ses actes et pensées ? Et dans un monde où la frontière est floue, comment se positionner et quels droits et devoirs octroyer à chacun ? Le récit est réellement celui d’un robot qui regarde l’humain et qui le devient, pour le meilleur et le pire, avec toutes les nuances du libre-arbitre.

Alors, est-ce que Défaillance Système méritait un Locus, un Hugo et un Nebula ? Pour moi il n’y avait rien de révolutionnaire même si j’ai passé un bon moment. J’aime les robots désabusés, qui me renvoient à mon propre cynisme latent et mon regard sur l’humanité, mais peut-être pas de là à crier au génie, j’ai plus de mal. Je lirai néanmoins la suite avec plaisir lorsqu’elle sortira en juin 2019, parce que les dernières pages s’éloignent de l’happy ending (attention, il y en a clairement un, et la fin de cette phrase quand même un spoiler, désolée!) et réussissent à ne pas tomber dans le « et il devint un gentil robot de compagnie avec ses copains humains qui le considéraient comme un égal et tout le monde en fut bien heureux ».

Vous pouvez retrouver d’autres avis, assez différents les uns des autres, chez Le culte d’ApophisDe Livre en Livres ou Blog O Livre

 


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Journal d’un AssaSynth, tome 1 : Défaillances systèmes, Martha Wells
L’Atalante, 10,90
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